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Reportage

Acheter ensemble pour démocratiser les produits sains

Proposer aux habitants des quartiers de faire leurs achats de façon groupée pour consommer mieux sans payer plus cher, c'est le pari (réussi) de l'asso lyonnaise Vrac, créée en 2014. Boris Tavernier, son fondateur, vient de recevoir le Prix de l'innovation sociale au concours “S'engager pour les quartiers.”

« Quand des mottes de 5kg de beurre et des meules de 10kg de comté arrivent, des bénévoles viennent le matin pour couper les différentes quantités commandées. » Manon Demars, 25 ans, est la coordinatrice de l’asso Légum’au Logis, l’un des précieux relais de Vrac. Un mardi après-midi par mois, dans ses locaux, les personnes viennent acheter les produits qu’ils ont commandés deux semaines avant. On est en plein cœur d’un quartier de Villeurbanne. Au rez-de-chaussée d’un immeuble. Et ça s’appelle “La Ferme des Buers”.

Emmitouflée dans son écharpe, Élodie Genin, 25 ans, en service civique ici l’an dernier, arrive du 7ème arrondissement de Lyon. »“Vrac” propose des produits de qualité à des prix raisonnables. Souvent c’est bio. Et là, le bio, c’est accessible .» Pas de fruits, ni de légumes. De l’alimentation en produits secs, et tous les produits d’entretien et d’hygiène, fabriqués en France. Habitante du quartier, en coloc, Chloé Spitz, jeune maman de 30 ans, est elle aussi une convaincue du concept :« Ça évite d’aller au supermarché, ça participe à la vie de quartier, et ça crée des liens avec les producteurs. »

 « Ce n’est pas rapide, et on n’a pas vocation à l’être. C’est artisanal… »

Ici comme dans chacun des cinq autres quartiers où Vrac est présent, on compte entre 100 à 160 adhérents, « essentiellement des femmes », de 20 à 80 ans. Manon ajoute: « Des publics différents se croisent ici, qui ne se croiseraient pas ailleurs. On n’est pas un magasin. Ce n’est pas rapide, et on n’a pas vocation à l’être. Il y a vraiment ce côté artisanal, de prendre le temps, d’échanger… » La mixité sociale, une évidence.

« J’ai des gens qui sont bénéficiaires des Restos du cœur, et d’autres qui ont les moyens… » lâche Boris Tavernier dans un sourire. Fondateur, et seul salarié de l’association Vrac, il a 36 ans et son bureau au-dessus d’un bar coopératif, le Biéristan. En 2004, il fait partie des créateurs du resto (Scop) “De l’autre côté du pont”, ainsi que de la première AMAP lyonnaise. « L’idée, c’était d’avoir une consommation alternative sans que ça coûte plus cher. »

« Tu vis dans un quartier, t’as pas d’argent, et généralement, t’as pas le choix…. »

Le même idéal est poursuivi avec Vrac, né suite à une rencontre entre le bailleur social villeurbannais EMH, et la fondation Abbé Pierre, (principal financeur aujourd’hui qui verse 40.000 euros par an). Ils sont venus chercher Boris, lui et ses 12 années de réseau autour de l’alimentation et de l’ESS. Le but ? Faire des groupements d’achats, afin de lutter contre les inégalités en matière de consommation. “Tu vis dans un quartier, t’as pas beaucoup d’argent, et généralement, t’as pas le choix… Ta consommation s’oriente vers le moins cher, au détriment de la qualité, de la santé, et de l’efficacité. »

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Il passe six mois dans les quartiers pour tisser du lien… Il y organise des réunions de dégustation, lors desquelles il évite de parler du bio et de produits locaux. « J’ai fait goûter, et j’ai parlé du prix. Et une fois que ça, ça plaît, tu racontes d’où ça vient. » Parler de ce qui est hors de portée les aurait fait fuir. À l’écouter aujourd’hui, on voit qu’il est heureux pour toutes ces « mamans » qui se sentent « considérées ». « Tout ce qu’elles veulent, c’est pouvoir nourrir sainement leurs enfants. C’était insurmontable avant, à cause du prix. »

« Un groupement d’achats pour les habitants, avec les habitants »

Les commandes se font soit au cours des permanences, dans chaque quartier, soit par mail. « Mais sur 700 adhérents aujourd’hui, on n’a que 80 adresses mail… » Internet, pas si accessible non plus. Boris fait donc tout par SMS. Lors de la distribution, les habitants viennent avec leurs emballages et leurs bouteilles, et là se fait le passage du vrac au détail. « Vrac, c’est pas un service, c’est un groupement d’achats pour les habitants, avec les habitants ».

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Paniers de la mer, AMAP solidaires… Retrouvez d’autres initiatives qui permettent à tous de mieux manger, fruits, légumes et poissons, dans notre article « Alimentation: de bons produits pour tous! »

Une personne en service civique et une stagiaire sont là pour l’aider. Aujourd’hui, il ne génère que très peu d’autofinancements car « c’est du quasi-prix coûtant ». « On essaie de se développer sur de l’achat groupé de services (assurances habitation, téléphonie, internet…), mais aussi sur l’essaimage national… »Pas de doute que ce n’est que le début de l’histoire.

Auteur de l'article : Virginie De Gouveia

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3 réponses pour "Acheter ensemble pour démocratiser les produits sains"

  1. barros dit :

    felicitation ,idee prospere,

  2. Christine Wolf dit :

    Je suis si heureuse de prendre connaissance de ces belles réalisations. Bravo et longue vie à VRAC.

  3. […] en matière de consommation ) et peut-être un atelier de cuisine. Initiative à découvrir dans http://www.say-yess.com/2016/10602/… Nous vous proposons de nous rejoindre lors du forum Alimentation organisé par la vallée du Gapeau […]

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