Solidarités

Vélo-école : bouger pour l’autonomie

Publié le 16 décembre 2015

Des adultes apprennent à monter sur selle et à se déplacer en ville. Un petit pas vers l'emploi, un grand pas pour la confiance en soi!

On le sait peu, on s’en étonne beaucoup, mais c’est un fait : beaucoup d’adultes ne savent pas faire du vélo ! Les courageux, ou, devrait-on dire, les courageuses, viennent corriger le tir dans les écoles de vélo dédiées. « On a dû recevoir 200 personnes depuis le début et 98% sont des femmes », estime Loïc, formateur salarié de l’école du vélo nantaise, ouverte depuis 2007 au sein de l’association Place au vélo. « Certaines ont essayé et abandonné, d’autres sont originaires de pays où elles n’avaient tout simplement pas le droit de le pratiquer. »

Comme Vatee, qui a grandi en Inde : « J’ai essayé une ou deux fois à l’époque, mais c’était réservé aux garçons, on roulait en cachette ! Ici, mes copines partent souvent faire des balades à vélo, et je suis la seule à ne pas savoir en faire ! »

Résultat, comme d’autres, elle s’est inscrite à la session de formation comprenant minimum 20 cours de 2 heures. « Le vélo demande beaucoup de compétences ! On ne se rend pas compte mais quand on redécoupe les gestes pour l’enseigner c’est impressionnant! Il y a une somme de petites choses à maîtriser, explique Jacques, formateur bénévole, ravi. On se sent vraiment utile, c’est très concret ».

Une mobilité vers l’emploi

Et pour cause, ici, l’apprentissage du vélo va plus loin que le seul comblement d’une lacune. Il s’agit souvent de répondre à une réelle volonté d’émancipation. « La moitié de nos élèves ont l’intention de l’utiliser comme véritable transport », annonce Loïc. «  Beaucoup sont dépendantes des transports en commun ou de la voiture du mari. Elles ont souvent besoin de s’affranchir. »

Plus encore, le vélo peut être un pas vers l’emploi pour des publics en insertion. 50% des élèves nantais sont d’ailleurs envoyés par la Maison de l’emploi. « Les études le montrent : mobilité et travail sont étroitement liés. Or le vélo est un facteur d’autonomie : il permet le contrôle total de son moyen de déplacement, il est peu cher et réparable soi-même. C’est ce qu’on appelle la vélonomie », explique Gwendal, animateur de la toute nouvelle école du vélo à Brest (il en existe une quarantaine en France). «Les élèves deviennent moins dépendants du bus, maitre de leur temps. C’est la réponse à pas mal de problèmes ! », ajoute-t-il.

Un accomplissement avant tout

« Certes, on n’en est pas encore à mettre une ligne « vélo » sur le CV », plaisante Loïc. Mais l’accès au vélo peut aider nos élèves à accomplir d’autres démarches : pour se rendre au Pôle emploi, à l’agence d’intérim ou accomplir ses tâches administratives quotidiennes. C’est parfois aussi un déclic pour aller plus loin. « Certaines enchaînent en passant le permis ou en apprenant à nager ! », se réjouit le formateur.

Pourtant la première leçon est difficile. Les élèves ont tendance à se dévaloriser. « On commence tout doucement en patinant avec les pieds, sans pédale, tout ça en milieu protégé. On apprend à doser les freins, à s’arrêter, accélérer. Quand ils progressent on sent que c’est important. » Arrivé sur la route, le cours prend une autre dimension. «Les apprentis réalisent que faire du vélo, c’est aussi faire des choix, en observant bien. Ils apprennent à décider tout seul, leur direction, leur rythme, etc. » Une véritable prise d’autonomie. Et parfois davantage : « Le vélo m’a donné du courage et de la force, témoigne Dioma, une élève nantaise. Aujourd’hui je sais même passer de petites bosses. Je suis très fière », ajoute-t-elle. Son mari refusait qu’elle monte sur selle. « Dans ma vie j’ai tout fait. Il n’y a que le vélo qui me résistait. »

Depuis qu’il est mort, et que Dioma a découvert qu’elle était malade, elle a fait du vélo son véritable cheval de bataille. « C’est devenu la condition de ma guérison. Pour moi c’est un long chemin, je viens d’une famille de 23 enfants et personne ne sait faire de vélo de ma grand-mère jusqu’à moi. Je suis la première. J’aimerais recevoir un diplôme à la fin, pour prouver au monde que je l’ai fait. » « C’est prévu ! », assure Loïc, heureux d’accompagner une telle motivation.

Pour aller plus loin

Vous voulez apprendre à d’autres à monter sur selle ? Les associations recherchent toujours des bénévoles ! Consultez la carte des vélos écoles pour trouver la plus proche de chez vous.

Place au vélo est une association qui revendique des aménagements cyclables à Nantes depuis 1991 (et c’est plutôt efficace). Ils ont lancé une plate forme web pour inciter les plus réticents à se mettre à la bicyclette.

Le film Wadjda retrace la vie d’une jeune fille de douze ans, dans une banlieue de Riyad, qui rêve de s’acheter le beau vélo vert pour faire la course avec son ami Abdallah. Mais en Arabie Saoudite, les bicyclettes sont réservées aux hommes, car considérées comme « une menace pour la vertu des jeunes filles ».

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Rédigé par

Jeanne La Prairie

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