Citoyenneté

Une épicerie coopérative rurale et rentable, c’est possible

Publié le 3 novembre 2015

Ranimer un village breton cerné de champs et de supermarchés, c’est le défi du «Champ-Commun», projet coopératif mené par une bande de trentenaires, à Augan. Ils ont créé une radio, une épicerie et un bar. Chapitre 2: l’épicerie.

Comme chaque année, novembre, c’est le mois de l’Economie Sociale et Solidaire. Cette année, Say Yess a décidé de voir comment l’ESS pouvait changer le quotidien dans un petit village breton. Après la radio associative, chapitre 2 : l’épicerie, qui remet de la vie à Augan.

« Le Champ Commun » a récupéré la poste d’Augan lorsqu’elle a fermé. Six jours sur sept, son épicerie assure un petit relai postal entre deux encaissements. «Une baguette et un Ouest France, comme d’habitude?» Yannick connait tous ses clients. Ils viennent ici comme à la maison: cheveux tignasse et charentaises aux pieds. Yannick prend le temps de leur parler. Impensable dans la grande distribution, où il travaillait avant. «On était payé au lance-pierre, mes collègues pleuraient le soir, on jetait des tonnes de bouffe et la hiérarchie me posait problème. J’allais au boulot à reculons». Ici, c’est tout à fait différent.

A 33 ans, Yannick est salarié mais aussi patron. Son propre patron.«Je bosse pour moi, pas pour quelqu’un d’autre». Propriétaire de l’épicerie, « Le Champ commun » est une SCIC, une Société Coopérative d’Intérêt Collectif. Les décisions et les bénéfices sont partagés collectivement entre 147 associés, des petits actionnaires qui rachetèrent en financement Cigales un vieux magasin d’électroménager doublé d’un bar, à Augan. C’était en 2010.

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Leur idée ? Créer de l’activité, de l’emploi et de la chaleur humaine dans ce village du Morbihan. Leur projet ? Une épicerie et un bar pour commencer. L’ auberge et la salle de formation à l’Economie Sociale et Solidaire viendront plus tard.«Que tu aies mis 100 ou 5.000 euros dans ce projet, tu as une voix. Ce n’est pas parce tu as plus d’argent que tu as plus raison ou plus de pouvoir, un principe de base dans l’ESS » rappelle Julien, 30 ans, salarié-associé de l’épicerie avec Yannick.

Une question d’amour de mon métier !

Priorité au local !

Avec ses paniers de fruits confits et ses miches de pains frais,«le Garde-manger» – c’est le nom de cette mignonnette épicerie de village – sent drôlement bon. On y trouve plus de 2.000 références: des produits locaux, bios, équitables et conventionnels repérables par des étiquettes de couleurs différentes. Les prix, relativement accessibles, ont été adaptés à la population, pas mal de retraités aux petites pensions et des employés des usines agroalimentaires des alentours. «Pour 28% de marges minimum en grande distribution, nous pratiquons entre 15 et 20% pour le local, 20 et 25% pour le bio et jusqu’à 30% pour le conventionnel » détaille Yannick. Priorité donc, au local et la qualité. Jean-Luc fournit l’épicerie en pain quand la boulangerie d’Augan est fermée.«Je bosse avec des meuniers très raisonnés, du beurre AOC, du lait bio et et des oeufs de poules nourries en plein air. C’est une question d’amour de mon métier ! ». Et de respect du consommateur.

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Alors que le dernier boucher d’Augan met la clé sous la porte, « le Champ Commun » fait un beau pied de nez au fatalisme de la désertification des campagnes. 10% de croissance annuelle depuis 5 ans pour l’épicerie. Trois salariés parmi les huit que compte «le Champ Commun» et presque aucune subvention : voilà de bons indicateurs pour un commerce en zone rurale.

Bon d’accord, les salaires (SMIC horaires) ne sont pas mirobolants mais ce n’est pas le plus important pour les coopérateurs. Pour Julien, la meilleure récompense et le meilleur baromètre de vitalité du projet « c’est la fréquentation du bar, l’Estaminet ». Les anciens viennent y boire leur petit café après les courses à l’épicerie. C’est pas compliqué, il suffit de passer la porte. Là, tout près du rayon frais

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Sophie Babaz

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