Culture

Des ateliers peinture, “oasis” pour les enfants roms

Publié le 15 octobre 2015

Depuis cinq ans, grâce à ses bénévoles, l'association Arts et Développement Rhône-Alpes organise des ateliers peinture au cœur d'un terrain où vivent des familles roms de Roumanie. On y est allé.

À 15 heures tapantes, chaque samedi après-midi, c’est le même mouvement qui s’invite, au cœur du terrain de la Feyssine à Villeurbanne, où vivent trente à quarante familles, exclusivement roms de Roumanie. Les bras chargés de sacs et de caisses contenant tout le nécessaire pour un atelier peinture, des volontaires de l’association “Arts et Développement” arrivent, entourés d’une vingtaine d’enfants déjà très excités.

L’organisation est rodée, dans ce cadre particulier. Blouse, planche et feuille pour chacun, avant de choisir deux couleurs de peinture. Il y a cinq ans, les premières familles se sont installées ici. Depuis, ce rendez-vous a lieu. Même en hiver.

Julie Boirin, 21 ans, étudiante en architecture, participe aux ateliers depuis février dernier. Les enfants la connaissent, l’entourent et la sollicitent. Sorina, 2 ans, ne la lâche pas. Julie reste à ses côtés pendant que la petite artiste aux yeux verts, une sucette à la bouche, s’applique à peindre. « Je crois que les ateliers peinture peuvent, dans un certain sens, rendre des enfants heureux. Je me dis que c’est une possibilité, et si c’est une possibilité ça vaut le coup d’essayer. »

« Des temps un peu magiques »

Jacques, enseignant dans une maison d’arrêt, est le bénévole qui coordonne ces ateliers. “Quand on voit ces enfants passer un moment hyper posé, ça dit bien le rôle qu’on a à jouer, en posant un cadre pour qu’ils se sentent en sécurité, paisiblement, pour faire ce qu’ils ont à faire avec la peinture… Il y a des temps un peu magiques qui s’y vivent. C’est un vrai plaisir d’être là. C’est quand même un lieu où les gens vivent des choses pas simples, et quand on vient, c’est une oasis. »

Quant à savoir ce que les enfants pensent de ces ateliers, il suffit de regarder leurs yeux. Tout y est. “Ils attendent le samedi pour le dessin. Ils sont contents de dessiner. Depuis cinq ans, ils font les ateliers. Quand il n’y en a pas, ils demandent “Pourquoi ils ne sont pas venus aujourd’hui ?” Ça me fait plaisir quand ils jouent. Ils regardent, ils font travailler leur tête pour pouvoir faire un dessin,” raconte Calin (prononcer “Caline”), jeune père de trois enfants, dans un très bon français.

Au fur et à mesure qu’elles sont réalisées, les peintures s’exposent, suspendues à un fil, tendu entre deux baraques. Ainsi, les parents qui, en général, ne sont jamais loin, peuvent apprécier l’expo de leurs enfants. Salomon a réalisé une maison, Esperanza, une fleur, Shakira, un papillon.

“Lis encore, lis encore !”

Ce samedi-là, dans la cour de fortune où l’atelier a pris place, une famille met d’énormes sacs de vêtements dans sa voiture. “Ça déménage… Tout le monde part… On nous a dit qu’il fallait dégager le 30. Mais on ne sait rien pour l’instant…” raconte un jeune homme. Ce terrain de la Feyssine fait partie des trois principaux de l’agglomération lyonnaise où vivent des familles roms. Sous le coup de la “circulaire relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites », ces terrains vont être évacués et fermés, et les lieux de vie, détruits. Cela représente environ 435 personnes, parmi lesquelles seules 150 vont se voir proposer une solution de relogement.

En attendant, les enfants bénéficient également d’un atelier lecture proposé par une équipe d’ATD Quart-monde. Une bibliothèque à ciel ouvert, avec une vingtaine de livres disposés sur une nappe en plastique.

Romica, six ans, a soif de lettres, d’histoires et des mots qui les font. Elle est fière de dire qu’elle va à l’école. L’heure de l’atelier touche à sa fin. Assise sur une couverture, elle tente de retarder le moment de la séparation en revenant aux pages du début. “Lis encore, lis encore !”supplie-t-elle.

C’est très important de leur montrer qu’on n’est pas indifférents, souligne Clémence Jasserand, 29 ans, psychomotricienne. Parce que j’ai l’impression que, parfois, on vit dans deux pays différents. Qu’on passe les uns à côté des autres sans se voir. Ou alors on se voit, mais on fait semblant de ne pas se voir. Le livre, ça prend du temps. On rentre dans le camp, et c’est un prétexte pour créer un lien.”

Image writer

Rédigé par

Virginie De Gouveia

0 commentaire

Cliquez sur le + pour voir les commentaires. Et remplissez le formulaire ci-dessous pour commenter un article.
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sur le même thème

Décryptage

  • Modèle économique entreprise ESS

    À quoi ressemble le modèle économique d’une entreprise de l’ESS ?

    Lire la suite
  • Recycles © Kamel Secraoui

    Quand les chambres à air deviennent ceinture et les mobiles retrouvent une jeunesse

    Lire la suite
  • L’ESS, à quoi ça sert ?

    Lire la suite
  • La finance solidaire, ça concerne tout le monde!

    Lire la suite

Say yess tv

  • Esta Es Una Plaza ! C’est un jardin solidaire

    Esta Es Una Plaza ! C’est un jardin solidaire - Solidarum
    icone-youtube-play

    Par: Solidarum

  • Toit à Moi, un concept innovant pour réinsérer les sans-abris

    SideWays #2 - Toit à Moi - Un concept innovant pour réinsérer les sans-abris
    icone-youtube-play

    Par: Sideways

  • Les makers défont le handicap

    Les makers défont le handicap - Solidarum
    icone-youtube-play

    Par: Solidarum

Nos derniers articles

BTS éco-gestion ESS - Lycée René Cassin
Etudes & formations

Un BTS option ESS pour élargir ses horizons

Le lycée professionnel parisien René Cassin s'est illustré en lançant un BTS Compta-gestion option ESS en 2017. S'il existait déjà des masters tournés vers l'Économie sociale et solidaire en France, cette formation de niveau Bac +2 est une première. Reportage.

Rédigé par Anaëlle Guisset
le 11 décembre 2017 En savoir plus

Le XXIe arrondissement de Paris, riche en découvertes solidaires et citoyennes.
Sports & loisirs

Balade solidaire dans le 11e arrondissement de Paris

Lauriane, rédactrice pour Say Yess, est partie à la recherche de bonnes adresses pour réchauffer les week-ends hivernaux. Après une balade guidée par un conférencier de la mairie de Paris, elle vous livre ses bonnes adresses situées dans le 11e arrondissement de Paris.

Rédigé par Lauriane Barthélémy
le 8 décembre 2017 En savoir plus

Grégoire, vainqueur du concours Eloquentia Saint-Denis, a ensuite fait la première partie d'un artiste sur la scène du Point Virgule
Culture

Slam, humour, éloquence : offrir le micro à ceux qui n’ont pas la parole

Slam, stand-up, concours d'éloquence… Des associations et collectifs d'artistes proposent des ateliers d'écriture aux jeunes de quartiers populaires. Objectif : libérer leur créativité et leur permettre de s'affirmer.

Rédigé par Déborah Antoinat
le 4 décembre 2017 En savoir plus

Afin d'améliorer votre expérience, Say Yess utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies, pour nous aider à analyser les audiences de ce site.
En savoir plus
Votre commentaire a bien été soumis. Il est en attente de validation.