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ARTIVISME

Des ateliers peinture, “oasis” pour les enfants roms

Depuis cinq ans, grâce à ses bénévoles, l'association Arts et Développement Rhône-Alpes organise des ateliers peinture au cœur d'un terrain où vivent des familles roms de Roumanie. On y est allé.

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Photo V. De Gouveia

À 15 heures tapantes, chaque samedi après-midi, c’est le même mouvement qui s’invite, au cœur du terrain de la Feyssine à Villeurbanne, où vivent trente à quarante familles, exclusivement roms de Roumanie. Les bras chargés de sacs et de caisses contenant tout le nécessaire pour un atelier peinture, des volontaires de l’association “Arts et Développement” arrivent, entourés d’une vingtaine d’enfants déjà très excités.

L’organisation est rodée, dans ce cadre particulier. Blouse, planche et feuille pour chacun, avant de choisir deux couleurs de peinture. Il y a cinq ans, les premières familles se sont installées ici. Depuis, ce rendez-vous a lieu. Même en hiver.

Julie Boirin, 21 ans, étudiante en architecture, participe aux ateliers depuis février dernier. Les enfants la connaissent, l’entourent et la sollicitent. Sorina, 2 ans, ne la lâche pas. Julie reste à ses côtés pendant que la petite artiste aux yeux verts, une sucette à la bouche, s’applique à peindre. « Je crois que les ateliers peinture peuvent, dans un certain sens, rendre des enfants heureux. Je me dis que c’est une possibilité, et si c’est une possibilité ça vaut le coup d’essayer. »

« Des temps un peu magiques »

Jacques, enseignant dans une maison d’arrêt, est le bénévole qui coordonne ces ateliers. “Quand on voit ces enfants passer un moment hyper posé, ça dit bien le rôle qu’on a à jouer, en posant un cadre pour qu’ils se sentent en sécurité, paisiblement, pour faire ce qu’ils ont à faire avec la peinture… Il y a des temps un peu magiques qui s’y vivent. C’est un vrai plaisir d’être là. C’est quand même un lieu où les gens vivent des choses pas simples, et quand on vient, c’est une oasis. »

Quant à savoir ce que les enfants pensent de ces ateliers, il suffit de regarder leurs yeux. Tout y est. “Ils attendent le samedi pour le dessin. Ils sont contents de dessiner. Depuis cinq ans, ils font les ateliers. Quand il n’y en a pas, ils demandent “Pourquoi ils ne sont pas venus aujourd’hui ?” Ça me fait plaisir quand ils jouent. Ils regardent, ils font travailler leur tête pour pouvoir faire un dessin,” raconte Calin (prononcer “Caline”), jeune père de trois enfants, dans un très bon français.

Au fur et à mesure qu’elles sont réalisées, les peintures s’exposent, suspendues à un fil, tendu entre deux baraques. Ainsi, les parents qui, en général, ne sont jamais loin, peuvent apprécier l’expo de leurs enfants. Salomon a réalisé une maison, Esperanza, une fleur, Shakira, un papillon.

“Lis encore, lis encore !”

Ce samedi-là, dans la cour de fortune où l’atelier a pris place, une famille met d’énormes sacs de vêtements dans sa voiture. “Ça déménage… Tout le monde part… On nous a dit qu’il fallait dégager le 30. Mais on ne sait rien pour l’instant…” raconte un jeune homme. Ce terrain de la Feyssine fait partie des trois principaux de l’agglomération lyonnaise où vivent des familles roms. Sous le coup de la “circulaire relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites », ces terrains vont être évacués et fermés, et les lieux de vie, détruits. Cela représente environ 435 personnes, parmi lesquelles seules 150 vont se voir proposer une solution de relogement.

En attendant, les enfants bénéficient également d’un atelier lecture proposé par une équipe d’ATD Quart-monde. Une bibliothèque à ciel ouvert, avec une vingtaine de livres disposés sur une nappe en plastique.

Romica, six ans, a soif de lettres, d’histoires et des mots qui les font. Elle est fière de dire qu’elle va à l’école. L’heure de l’atelier touche à sa fin. Assise sur une couverture, elle tente de retarder le moment de la séparation en revenant aux pages du début. “Lis encore, lis encore !”supplie-t-elle.

C’est très important de leur montrer qu’on n’est pas indifférents, souligne Clémence Jasserand, 29 ans, psychomotricienne. Parce que j’ai l’impression que, parfois, on vit dans deux pays différents. Qu’on passe les uns à côté des autres sans se voir. Ou alors on se voit, mais on fait semblant de ne pas se voir. Le livre, ça prend du temps. On rentre dans le camp, et c’est un prétexte pour créer un lien.”

Auteur de l'article : Virginie De Gouveia

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