Planète

Les glaneurs sauvent les légumes du gâchis

Publié le 18 septembre 2015

17 tonnes de nourriture en 3 ans, juste en ramassant le surplus des producteurs ! L’association Re-bon n’a presque eu qu’à se baisser pour se servir…

« Un agriculteur vient de nous appeler pour une tonne de patates et une tonne de pastèques, ça nous fait 5.000 repas !», s’exclame Flavie, de l’association nantaise Re-Bon, ravie. Étonnant ? Pourtant, c’est le genre d’événement qui pourrait se passer chaque semaine aux quatre coins de la France. Car les producteurs de fruits et légumes « gâchent » des centaines de kilos de leur production. Non pas par envie, mais pour différentes raisons : tri selon la mocheté, la taille ou l’attaque des légumes, récolte à la machine sans main d’oeuvre pour passer après, erreur de quantités…

Louise, maraichère bio, raconte : « par exemple, les concombres ont beaucoup donné, et comme il ne fait pas très beau donc on sait qu’on en vendra peu. Idem pour nos haricots trop gros, nos potimarrons… Ca fait mal au coeur quand ce n’est pas revalorisé !».

Une logistique à faire rouler

glanage2Heureusement, des réseaux de glaneurs s’organisent pour récupérer ces denrées, au profit des plus démunis. « Quand on sait qu’il y a plus de 300 producteurs rien que sur le département (Loire-Atlantique), on se dit qu’il y a un véritable gisement ! », expose Flavie.

Aux carrefours des besoins, ces bénévoles mettent en œuvre une véritable logistique : prospecter auprès des agriculteurs locaux, les convaincre, estimer la quantité à ramasser, les cagettes, le nombre de bras nécessaire, écouler le stock à temps par rapport à la périssabilité des produits, etc. « Le soucis c’est qu’on ne sait que trois ou quatre jours avant seulement. Alors il faut s’organiser vite », précise la jeune femme.

Un démarchage téléphonique d’abord

Re-bon se développe depuis 2012 et vient de mener à terme une campagne de crowdfunding pour acheter un camion. « La création de notre réseau a démarré en une semaine, après le buffet des 5.000 (un grand repas gratuit à base de légumes et de fruits disqualifiés organisé en 2012 par Canal + à l’occasion de leur documentaire : Global gâchis, ndlr). C’est l’ONG anti gaspi feedback, qui a aidé les Nantais intéressés à se mettre en lien et à démarrer.

« La première étape était de trouver des bénéficiaires : la banque alimentaire et les autres assos d’aide alimentaire nous ont accueillis volontiers. » David Chiron, délégué général à la Banque alimentaire 44 confirme : «  Il est difficile d’avoir des fruits et légumes. Surtout en bon état, car d’habitude on arrive après la non-commercialisation, les produits ont déjà vécu… Nous étions déjà contactés par des maraîchers pour aller chercher des reste de récoltes chez eux, mais nos bénévoles n’ont pas cette mission, et on ne pouvait pas y répondre ! » Re-Bon est donc tombé à pic.

« Une carotte à demi pourrie, c’est une demi bonne carotte pour nous! »

glanage3Deuxième grosse étape : démarcher des producteurs. « C’est simple : on a pris les Pages jaunes à la lettre « M » comme « maraicher », et on a appelé. Et autant dire qu’ils ne sont pas faciles à joindre ou à convaincre (50% de refus environs, ndlr) ! » A force, les bénévoles ont affuté leur argumentaire. « Nous n’avons pas la même définition du gaspillage. Pour certains ils ont zéro gâchis, mais ils ne se réalisent pas qu’une carotte à demi pourrie, c’est une demi bonne carotte pour nous ! Tout comme des patates minuscules ou trop grosses. On essaie donc de leur faire comprendre tout en leur assurant qu’ils n’auront rien à faire. »

Le passage des glaneurs peut d’ailleurs même devenir un échange de bon procédé, comme le témoigne Louise la maraîchère: « Mes haricots vont redonner encore mieux car les glaneurs ont débarrassé les plans des plus gros, témoigne Louise. Idem quand ils ont ramassé les patates, leur passage a permis de bien enterrer les graines qu’on a semées par-dessus. »

Un moment de partage sympathique

L’association nantaise agit avec 15 cultivateurs. « On voudrait faire un glanage par semaine, mais on n’en fait un par mois parce qu’on est tous bénévoles et que ce n’est pas si simple de se libérer du temps ! L’objectif est de salarier quelqu’un pour se développer», explique Flavie.

glanage4Pour le moment des bonnes âmes se libèrent chaque fois parmi les 400 inscrits de la liste de diffusion. Ils partagent leur savoir, dans une ambiance conviviale. « On reste au plus une demi-journée, dans ce cas on essaie de faire un pique-nique : ce n’est pas l’usine ! Les gens sont contents de prendre l’air, les citadins se mettent au vert et ils adorent ça ! »

Comment s'y mettre ?

Ce n’est pas très compliqué. « A partir du moment où on a des bras, un téléphone et une voiture, c’est possible !  Dans un break tu mets 200 ou 300 kilos déjà », témoigne Flavie. Ils sont 6 ou 7 associations du genre en France par exemple :

Renouer-cueillette solidaire dans les Alpes Maritimes
Fruimalin en Bourgogne
Re-bon fait partie du réseau de glanage européen lancé, Gleaning Network EU, par Feedback. L’objectif : dresser avec des glaneurs anglais, belges, grecs et espagnols une méthodologie du glanage sur les territoires. N’hésitez pas à les contacter !

Pour organiser une action, Animafac vous propose une fiche pratique « Organiser un évènement autour de la récup alimentaire ».

Et pour aller plus loin sur le gaspillage alimentaire, le REFEDD y a consacré un guide très complet. Réalisé à destination des étudiants, il est cependant une source d’informations et d’idées d’actions pour tous.

 

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Rédigé par

Jeanne La Prairie

7 commentaires

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Christine charbonnier

Publié le 09 septembre 2017

J'aurais aimé que des glaneurs viennent dans certains vergers ardéchois cet été… des cerises et les abricots gaspillés car cela coûtait trop cher aux producteurs de payer des gens pour les ramasser, au regard du prix de vente. Quand on sait que dans ce département, comme dans le reste de la France, Beaucoup de personnes et notamment des jeunes ont du mal à manger des fruits et légumes… Car c'est devenu des denrées de luxe

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sophie l

Publié le 07 septembre 2017

Super je suis dans un mode de vie anti- gaspi donc je comprends. Important: remercier les maraîchers et producteurs en leur faisant aussi des cadeaux de temps en temps.

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THOMAS Marie-Madeleine

Publié le 29 mai 2017

Que faites vous sur Rennes? Je peux etre beneboles

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Say Yess

Publié le 02 février 2017

Bonjour ! Avez-vous lu consulté les différents sites dont l'article parle ? Vous pourriez commencer par les contacter, ils pourront sans doute vous diriger vers des structures plus proches de chez vous. N'hésitez pas à regarder les associations et groupes de glanage sur Facebook. Passez une belle journée !

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guadagna

Publié le 01 février 2017

génial je recherche un lieu pas trop loin de cher moi.je suis dans le var , pas trop loin de la seyne.

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