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Éducatrice spécialisée: «Un métier génial, loin des clichés véhiculés»

Publié le 18 mai 2015

Camille est « éduc spé » dans un externat médico-pédagogique accueillant des enfants en situation de handicap mental. Elle décrit un boulot qui n'est pas de tout repos, mais qui lui apporte beaucoup de bonheur.

Camille, 28 ans, est une jeune fille dynamique et enthousiaste. Pour faire le métier qu’elle fait, ces qualités sont les bienvenues. Car elle est éducatrice spécialisée à l’externat pédagogique Henri Wallon à Stains. Cet établissement créé et gérée par l’association LEILA accueille 50 enfants déficients légers ou moyens.

Dans cet Institut Médico-Éducatif, les journées des enfants sont partagées entre des temps avec des éducateurs spécialisés, des enseignants spécialisés, des orthophonistes et une psychomotricienne, selon leurs besoins. En tant qu’éducatrice spécialisée, le rôle de Camille est de leur proposer des activités, en accord avec leurs intérêts et leurs possibilités.

Elle est plus particulièrement en charge d’un groupe de six enfants, âgée entre 12 et 14 ans. Les jeunes dont elle s’occupe sont en majorité trisomiques, mais elle prévient d’emblée : « l’important ce n’est pas la pathologie, c’est de prendre en compte l’enfant, sa maturité, l’évolution de son projet de vie, et ses difficultés cognitives. »

« Je ne suis pas une simple animatrice »

Chaque éducateur peut proposer les activités qu’il veut en fonction des domaines où il se sent à l’aise. Elle fait par exemple des ateliers vidéos ou d’expression théâtre, un travail sur l’alimentation avec l’infirmière, du sport ou encore un atelier chorale qu’elle mène en commun avec ses collègues éducateurs spécialisés. Un moment musical très apprécié par les enfants et l’éducatrice. « C’est le moment de la semaine que je préfère », glisse-t-elle.

Camille tient à préciser que « les éducateurs spécialisés ne sont pas des animateurs ». « On n’est pas là pour simplement occuper le temps des enfants ». Ses ateliers ont toujours une dimension pédagogique, avec l’envie de faire progresser les jeunes en fonction de leur projet de vie. Certains enfants se préparent par exemple à intégrer un IMPro, où ils suivront une formation professionnelle adaptée à leur handicap.

Pour faire ce métier, Camille a suivi une formation à l’Institut Régional de Travail Social de Neuilly-sur-Marne. Elle y a fait un double cursus qui permet d’obtenir une licence d’Administration économique et sociale, en plus du Diplôme d’État d’éducateur spécialisé, pour avoir le statut bac+3.

Patience et bienveillance

Travailler au quotidien avec des enfants handicapés, dont certains sont en grande difficulté, n’est pas toujours évident. « J’ai eu des moments difficiles où je me demandais si j’allais tenir le coup, il faut beaucoup d’énergie pour faire ce travail. Il faut être patient car il faut souvent répéter les mêmes choses », explique-t-elle. « Parfois, il faut aussi accepter de revoir ses objectifs à la baisse et accepter que l’enfant ne progressera pas autant qu’on l’espérait ».

Pour autant, Camille se sent bien dans son élément. « J’aime côtoyer l’humain toute la journée, je suis à l’aise avec les enfants, ils sont intéressants, ils me font beaucoup rire, c’est de l’innocence à l’état pur », affirme-t-elle. « Chaque éduc’ a son domaine de prédilection, moi je sais que c’est le handicap. Dans chaque activité que je mène je m’éclate ».

Le déclic a eu lieu pour elle après des études à la fac qui ne lui ont pas plu. A un moment de sa vie où, comme beaucoup de jeunes, elle se cherchait un peu. « J’ai eu l’opportunité de faire des remplacements dans un IME. J’ai toute de suite été à l’aise dans ce milieu, les enfants m’ont touchée, j’ai apprécié les voir évoluer au quotidien. »

Camille regrette que son métier souffre de certains clichés. « Chaque fois qu’on entend parler des éducateurs spécialisés dans les médias, c’est quand quelque chose de mal s’est passé, par exemple des violences », remarque-t-elle. Elle rappelle aussi que tous les éducateurs spécialisés ne travaillent pas avec des personnes en situation de handicap, certains accompagnent par exemple des jeunes de quartier ou encore des sans-abris.

Camille exerce ce travail depuis 2011, et pour l’heure ne s’en lasse pas. « Je pense qu’au bout d’un moment, avec l’âge, il y aura de l’usure professionnelle. Pourquoi pas devenir formatrice, ou orthophoniste ? Je ne sais pas, pour le moment je suis bien dans ce que je fais ».

Pour aller plus loin

Découvrez plus d’infos sur le métilogo_phosphore-etudeser d’éducateur spécialisé et sur les formations qui y mènent sur Phosphore.

 

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Rédigé par

Héloïse Leussier

6 commentaires

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cedric

Publié le 03 août 2017

Bonjour, se témoignage est très intéressant mais en tant qu'animateur social,vos propos sur le métier d'animateur son faux. « On n’est pas là pour simplement occuper le temps des enfants » ne vous amuser pas a dire ça a un animateur professionnel c'est très dénigrant et montre juste votre méconnaissance de son métier, nous aussi nous avons des objectifs pédagogiques et participons a l’éducation populaire. En fait quand je lis votre témoignage je retrouve ce que peut être le travail d'un animateur social avec des personnes en situation de handicap. Ceci mis a part je vous souhaite plein de bonheur, on sens que vous aimez votre métier et votre public et c'est le plus important dans ce type d'activité sans ça on avance pas et quelle joie quand on vois des évolutions parmi les personne que l'on accompagne.

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Karine

Publié le 21 mai 2017

Bonjour je me permets de venir vers vous car je voudrais effectuer une enquête métier sur le métier d'éducateur spécialisé et je serai ravie que vous y répondiez car je doit constituer un dossier d'entrée en formation qualifiante merci de votre écoute Camille cordialement.

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camille

Publié le 20 mai 2015

Merci Me ISSAAD pour votre commentaire, cela me touche beaucoup.

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ISSAAD Nordigne

Publié le 20 mai 2015

bon article complet car "bonne" éducatrice. la prise en charge à l'EMP qui est un lieu de soins est globale et le travail de l'éducateur spécialisé est un travail d'équipe pluri-professionnelle. bravo Camille, ça donne envie de devenir éducateur spécialisé pour accompagner des enfants en situation de handicap.

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La redaction

Publié le 20 mai 2015

Merci à vous Camille d'avoir partagé votre quotidien et votre expérience :)

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