Tech

L’agriculture urbaine boostée par le numérique

Publié le 24 février 2015

Et si les agriculteurs, jardiniers ou botanistes locaux s'unissaient aux acteurs du web ? C'est le principe des rencontres « Hackgriculture », proposées par le collectif « Nantes ville comestible » qui vise à mêler les énergies locales pour penser la ville comestible. Avec le numérique comme engrais.

« Les agriculteurs utilisent les nouvelles technologies depuis toujours, ils ont été les premiers à adopter les GPS pour mieux creuser leurs sillons plus efficacement. Aujourd’hui ils manient même des drones pour optimiser leur productivité », introduit Claire Gallon du collectif « Nantes ville comestible », lors de la première rencontre « hackgriculture » à Nantes. Une façon de rappeler qu’agriculture et technologie sont deux mondes déjà très complémentaires.

Nantes ville comestible

Mais, bien loin d’exploiter le numérique au service d’une agriculture « productiviste », il s’agit aujourd’hui d’inviter les développeurs web et jardiniers en tout genre à proposer de nouveaux outils pour faciliter une agriculture urbaine durable et respectueuse des équilibres environnementaux.

Fusionner les énergies d’un territoire

L’agriculture urbaine existe sous diverses formes depuis longtemps (toits végétalisés, circuits courts, jardins ouvriers, AMAP, etc). Mais les innovations en terme d’architecture, d’urbanisme, de design, de permaculture et d’outils numériques permettent désormais de la penser autrement. C’est à partir de ce constat, et aussi dans l’idée de fédérer les initiatives déjà existantes, qu’est né tout récemment le collectif « Nantes ville comestible ».

« A la base du projet, nous sommes deux à venir du numérique, et un designer. A force de bosser derrière un ordi, on a eu besoin d’un retour à la matière. Ayant tous un attrait pour le bien commun, ainsi qu’un fort intérêt pour la permaculture, on s’est dit qu’il y avait forcément quelque chose à faire pour développer l’agriculture en ville! », raconte Lucile Colombain, qui a travaillé dix ans dans la culture numérique.

Hackgriculture2

L’idée forte du collectif est d’exploiter la pluridisciplinarité du territoire : « A partir du moment où un architecte, un agriculteur, un associatif ou un gars du web sortent de leurs boites d’idées et qu’ils acceptent de fusionner leurs regards, on a une voie exceptionnelle vers l’innovation », se réjouit Lucile.

Selon elle, des fossés se creusent entre les acteurs locaux. Le collectif espère servir de rassembleur afin d’emmener tout le monde à avancer vers la même idée : le mieux vivre. « On veut tisser un projet qui tire le meilleur des initiatives locales morcelées, affirme-t-elle. C’est un projet ambitieux, l’idée ce n’est pas de proposer quatre bacs à planter dans les rues ! On veut lier ville et campagne. Recréer le lien entre la terre et l’assiette. Les rapports entre association et université. Et derrière cela, les enjeux sont de tous les ressorts : éducatif, santé, insertion, économie, écologie, emploi… » Rien de tel donc que le numérique pour re-connecter ces mondes.

Cliquez plus pour planter mieux

C’est ce qui se cache derrière le mot « hackgriculture » : faciliter la mise en commun des savoirs, des outils et des idées par les nouvelles technologies de communication. « Aujourd’hui le numérique c’est un outils de partage, de consommation collaborative, de ré-appropriation de l’espace publique. C’est un  déclencheur : comme on a de plus en plus de mal à se parler, on a souvent besoin d’une entrée par internet ! Déjà, rien qu’avec notre site et notre liste de discussion, on avance ! », se félicite Lucile.

Les idées du collectif sont nombreuses (voir ici le retour du 1er workshop de janvier 2015). « On a envie par exemple de lancer une cartographie interactive de tous les espaces susceptibles d’être cultivés sur Nantes et alentours. Pour cela on pourrait mettre en commun les données des agences d’urbanisme, des services des entretiens des espaces verts et des habitants. Idem pour d’autres applications qui pourraient identifier les zones d’ensoleillement ou aider les jardiniers à gérer leurs ressources en eau ».

Autre envie imaginable : mettre en place des unités de production (aromates, tomates, poules…) et de transformation par quartier; comme par exemple, un « déshydrateur »  pour créer des chips ou sécher les tomates pour les consommer en hiver, ou un pressoir commun (pour le jus) géré par une entreprise d’insertion. « Le numérique peut nous aider à gérer l’achat et la bonne gestion de ces outils-là », explique le collectif.

Au cœur du projet : le partage de connaissance

En organisant en trois clics le partage de l’outillage, des terrains, des graines, ou encore un réseau de restaurateur de producteur, le collectif Nantes Villes Comestible mise également sur l’échange. Mais… Encore faut-il savoir planter les choux (à la mode de chez nous :). « On souhaite faire monter la population en compétence. L’agriculture et la permaculture demandent un savoir, on sait que ce n’est pas évident ! Ce qu’on espère, c’est pouvoir expérimenter des techniques (comme l’aquaponie par exemple) dans un lieu public, une maison de l’agriculture urbaine par exemple ». Du coup, encore une fois, l’outil numérique permettrait au collectif d’organiser le partage des connaissances, de créer des tutoriaux et des applications pour aider les motivés…

La suite ? Comme à La Fonderie à Paris, qui a lancé un appel aux « ageekculteurs », « Nantes ville comestible » organise un hackaton pour tenter de créer ces outils ensemble, en appelant développeurs, designers ou bidouilleurs à rencontrer les agriculteurs et jardiniers, et cultiver ensemble le champ des possibles !

Crédit photo : D. Béhar

Image writer

Rédigé par

Jeanne La Prairie

2 commentaires

Cliquez sur le + pour voir les commentaires. Et remplissez le formulaire ci-dessous pour commenter un article.
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

image commentary

Terre De Lombric

Publié le 07 août 2015

Superbe initiative ! N'oubliez pas le traitement des déchets organiques dans vos réflexions ;)

image commentary

Hackgriculture : 48h de challenge les 21 et 22 mars 2015 | Nantes Ville Comestible

Publié le 25 février 2015

[…] numérique comme engrais de l’agriculture urbaine ? Découvrez la démarche globale dans cet article et rejoignez-nous pour développer ensemble des solutions techniques aux enjeux de développement […]

Sur le même thème

Décryptage

  • Recycles © Kamel Secraoui

    Quand les chambres à air deviennent ceinture et les mobiles retrouvent une jeunesse

    Lire la suite
  • L’ESS, à quoi ça sert ?

    Lire la suite
  • La finance solidaire, ça concerne tout le monde!

    Lire la suite
  • C’est quoi, l’économie circulaire?

    Lire la suite

Say yess tv

  • Toit à Moi, un concept innovant pour réinsérer les sans-abris

    SideWays #2 - Toit à Moi - Un concept innovant pour réinsérer les sans-abris
    icone-youtube-play

    Par: Sideways

  • Les makers défont le handicap

    Les makers défont le handicap - Solidarum
    icone-youtube-play

    Par: Solidarum

  • C’est pas du gâteau

    icone-youtube-play

    Par: Udes

Nos derniers articles

AJL Cérémonie OUT D'OR
Solidarités

Des associations améliorent la vie des personnes transgenres

Un peu partout en France, des associations luttent contre l’exclusion et les violences exercées contre les personnes transgenres et les accompagnent dans leur transition. Le combat avance, à petits pas.

Rédigé par Pauline Bian-Gazeau
le 17 novembre 2017 En savoir plus

Etudes & formations

Quête de sens : les étudiants ingénieurs renversent la table !

De plus en plus d’étudiants en écoles d’ingénieurs sont tentés par des carrières en marge des grandes entreprises auxquelles ils étaient destinés. Ils cherchent un métier qui répond mieux à leurs valeurs, au point de rejoindre des associations, de créer des collectifs ou de monter leur propre activité.

Rédigé par Marie Le Douaran
le 15 novembre 2017 En savoir plus

Monter son projet étudiant Pépite Pon
Entreprendre, mode d'emploi

10 conseils pour monter son projet étudiant

Créer son association, son projet d’entrepreneuriat social quand on est étudiant, c’est possible ! Voici 10 conseils pour mener à bien son projet.

Rédigé par Emmanuelle Genoud
le 13 novembre 2017 En savoir plus

Afin d'améliorer votre expérience, Say Yess utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies, pour nous aider à analyser les audiences de ce site.
En savoir plus
Votre commentaire a bien été soumis. Il est en attente de validation.