Culture

The Blind ouvre le street art aux aveugles

Publié le 26 septembre 2014

Rencontre avec un jeune artiste nantais, The Blind, qui repousse les frontières du street art en étendant cet art urbain aux non-voyants grâce au braille.

© 100pression

« En fait, j’ai simplement sorti le braille de son échelle habituelle, et je l’ai mis dans la rue ! », résume The Blind, enthousiaste. L’idée est venue lors d’une discussion avec son collectif de graffeurs 100pression.

« On se disait que le graff devait être vu par tous, et ça m’a fait tilter :  mais, et les aveugles ? » Défi relevé. Depuis dix ans, ses demi-sphères de plâtres viennent titiller la vue et le toucher des passants du monde entier, de Moscou à la Vallée de la mort en passant par Tchernobyl, Paris ou Nantes, où il réside.

Le complice des non-voyants

Chaque texte, emprunté au champ lexical de la vision, est savamment choisi selon le lieu où il est collé. Le but : faire réagir. À son tableau de chasse : un joli « Pas vu pas pris » sur le tribunal de Nantes, « L’amour est aveugle » sur un canal à Venise, « Vu et revu » sur le Trocadéro en face de la tour Eiffel… Dans chaque lieu, The Blind y va de sa petite expression piquante, espérant « faire marrer » le visiteur non-voyant et son binôme voyant.

Un couple est tombé sur un de mes graffs dans le centre-ville de Nantes, et la personne non-voyante a explosé de rire en déchiffrant du bout des doigts : « Ne pas toucher ».

Car c’est bien un exercice de complémentarité que propose le jeune artiste. Un curieux qui tombe fortuitement sur un des messages en braille doit chercher à se faire aider d’un non-voyant, passant dans le coin ou dans son entourage pour déchiffrer le message. « On m’a raconté un jour, qu’un couple est tombé sur un de mes graffs dans le centre ville de Nantes, et la personne non-voyante a explosé de rire en déchiffrant du bout des doigts : « Ne pas toucher ». C’est ça que j’aime : on est complices !»

« Tu me fais voir le graff »

Artisan sérigraphe et graffeur, The Blind, 31 ans, multiplie les casquettes et vit de sa passion en agissant auprès de jeunes en ruptures sociales ou des instituts de non-voyants. « Un jour on m’a proposé de décorer un foyer de jeunes aveugles avec les résidents. Au début, le graff, ça ne leur parlait pas… Puis, plus tard une petite fille m’a dit : « Tu me fais voir le graff », ça m’a vraiment ému. »

Comme le street art dans son ensemble, ces œuvres sont éphémères. Inutile donc de les répertorier sur une carte. « C’est fragile ! Les gens touchent, ça se défraîchit, et c’est justement le délire ! A Nantes, il doit encore y avoir trois-quatre boules qui traînent quelque part, c’est tout. »

Une de ses œuvres a peut-être subsisté, celle qu’il a réalisée à Montpellier l’an passé pour un festival : « 45 m de long ! 350 kg de plâtre ! J’ai mis 3 semaines à  écrire « Voir en grand ». Il faut carrément danser autour pour réussir à lire la phrase géante ! » 

Un mur d’escalade en braille

Entre les festivals, les expos comme celle de septembre au 6B, lieu alternatif de la Seine-Saint-Denis, ou encore sa collaboration avec le collectif parisien 9e concept, The Blind ne perd pas de vue son premier amour : « Mon kiff à la base, c’est le graff illégal, coller ou peindre dans des lieux interdits. Ce que je colle, c’est « bien », c’est pour les aveugles, mais ce n’est pas pour autant que j’ai le droit de le faire ! »

D’autres projets ambitieux trottent dans sa tête : un mur d’escalade en braille « où on ne lirait même plus avec les mains mais son corps entier », ou encore « un livre sur le street art en braille ».

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Rédigé par

Jeanne La Prairie

3 commentaires

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martin

Publié le 21 mai 2016

Bravo!! c une bonne idée !! mais c braillé Quid de l'image ? mc2 Plasticien

image commentary

INGUIMBERTI Albert

Publié le 16 octobre 2014

c'est vraiment génial

image commentary

The Blind ouvre le street art aux aveugles - Sa...

Publié le 29 septembre 2014

[…] Rencontre avec un jeune artiste nantais, The Blind, qui repousse les frontières du street art en étendant cet art urbain aux non-voyants grâce au braille.  […]

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