Projets inspirants, créateurs inspirés

Monter un food truck solidaire

Publié le 2 septembre 2014

Débarqués en France en novembre 2011, avec Le Camion qui fume à Paris, les food trucks essaiment. Face à la concurrence, de jeunes entrepreneurs font rimer produits de la terre et engagement solidaire. Rencontre avec trois de ces "food truckers".

Pourquoi s’est-il lancé dans le food trucking ? Par passion de la gastronomie, pour « faire ce qu’[il] aime » et donner du sens à son travail. Brahim Hennana était chef de projet R&D dans l’automobile avant de se lancer dans l’aventure Rouge Basilic, à Colombes. « Avec la crise, j’ai eu envie de me reconvertir, de travailler avec des personnes en difficulté. Habitué des déplacements dans des zones où il était difficile de se restaurer, j’ai tout de suite opté pour la mobilité », explique l’entrepreneur, à qui il a fallu deux ans avant de lancer son activité, le 8 mars, avec deux chefs cuisinier et pâtissier.

« J’ai dû trouver un camion, le transformer avec un cabinet d’architectes, suivre des formations en cuisine, me rapprocher de Pôle emploi, des Missions locales, convaincre les banques… », souligne celui qui a bénéficié d’une subvention du Conseil général des Hauts-de-Seine, après avoir remporté son appel à projets ESS en 2013.

On voulait aller à la rencontre des gens, dans des communes où le food truck pourrait pallier un manque d’équipements et d’activités.

Imaginer une activité pleine de sens

Caravane Dorée 2 (2)De leur côté, les presque trentenaires de Caravane Dorée ─ Adrien et Benjamin Doré, Benoît Lépine et Martin Bazaud ─ travaillent dans la restauration depuis « qu’[ils ont] 15 ans », tout en étant architecte-paysagiste, conseiller en responsabilité sociale des entreprises (RSE), directeur artistique ou manager-cuisinier. Une longue expérience indispensable, selon eux.

« On voulait aller à la rencontre des gens, dans des communes où Caravane Dorée pourrait pallier un manque d’équipements et d’activités », explique Benjamin Doré. Les quatre amis emploient deux personnes en CDI et deux en CDD, « dont un ancien détenu et un homme de 38 ans qui n’a quasiment jamais travaillé. La restauration reste un domaine où l’on peut embaucher des personnes un peu hors système, rencontrées par le bouche-à-oreille ». Depuis janvier 2013, Caravane Dorée se décline à travers deux camions à Montreuil.

 

Peaufiner son projet avant de se lancer

Concrètement, il aura fallu entre 100 000€ et 120 000€ de budget à Rouge Basilic, Caravane Dorée et La Carriole, pour se lancer. Un montant correspondant parfois aux seules économies des entrepreneurs : « On pensait que les pouvoirs publics seraient plus bienveillants. Sans aides, il nous a fallu six bons mois pour se lancer, sur fonds propres », précise Benjamin Doré.

Selon Vincent Groult, 38 ans, fondateur de La Carriole, « il est important de se former et de peaufiner son business plan ». Ancien DRH, il a choisi de changer de vie, à 36 ans. L’entrepreneur a suivi une formation à l’école Ferrandi, fait des stages en restauration et passé quatre mois à l’Institut régional pour la création et le développement des entreprises (IRCE) de la région PACA « pour développer [son] projet, étudier le marché, confronter [s]es idées ». Et démarrer son activité en septembre 2012, avec une employée à temps plein.

Si Brahim Hennana de Rouge Basilic a eu quelques difficultés à trouver un emplacement – « Les municipalités croulent sous les demandes. » – Vincent Groult a eu la chance d’être démarché par la Caisse d’Épargne qui, après un reportage, lui a proposé de s’installer sur son site près d’Aix.

 

Acquérir un savoir-faire

Pour ces food truckers, « l’entreprise du XXIe siècle ne peut plus fonctionner comme avant ». D’où le choix « évident » d’une gastronomie nomade de qualité, avec des produits frais, locaux, de saison et, si possible, bios. Comme le porc du Mont Ventoux cuisiné par Vincent Groult. Ou l’utilisation de couverts en bois, d’emballages recyclés, le tri des déchets et surtout le « zéro gâchis » de Caravane Dorée : « On ne jette rien, on donne nos restes aux gitans, aux SDF. »

Aujourd’hui, Caravane Dorée ou La Carriole servent entre une cinquantaine et une centaine de repas par jour. Vincent Groult se dit à l’équilibre financier, même s’il vit encore difficilement de son activité. Quant à Caravane Dorée, ses associés se disent rentables sans pour autant gagner d’argent. « On a tous un métier à côté et aujourd’hui, nous ne sommes que trois à être rentables en France : nous, Le Réfectoire et Le Camion qui fume », affirme Benjamin Doré. Ce qui n’empêche pas Rouge Basilic ou La Carriole de s’imaginer créer, à terme, une franchise.

Face à l’engouement pour le food trucking, les entrepreneurs rappellent que si un camion coûte moins cher qu’un fonds de commerce, il ne faut pas perdre de vue les frais engagés, le coût des matières premières, les charges… Et avoir conscience que la restauration reste un métier exigeant, physique et de savoir-faire.

 

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3 commentaires

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GIMI13

Publié le 13 août 2015

Merci pour cet article précis

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La redaction

Publié le 23 juillet 2015

Merci pour l'info !

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Antoine

Publié le 22 juillet 2015

Bonjour, Je complète votre article avec un nouvel outil de géolocalisation des food trucks : https://www.fousdetrucks.com. Un concept sympa à découvrir !

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