Sports & loisirs

Foot : quinze ados au pays du Mondial

Publié le 9 juillet 2014

A l’occasion de la Coupe du monde, 15 footballeurs en herbe de l’Académie Bernard Diomède sont partis pour Rio de Janeiro. Ils ont découvert les merveilles de la ville mais aussi ses côtés sombres.

« Je ne sais pas si c’est parce que c’est la Coupe du monde, mais la ville me paraît très sportive. » Hamza, 16 ans, vient de débarquer à Rio de Janeiro avec 14 autres adolescents de l’Académie Bernard Diomède (l’ancien champion de 1998 est aujourd’hui patron d’une école de sport-études à Issy-les-Moulineaux) et s’étonne du nombre de disciplines qui se pratiquent sur la plage d’Ipanema. Kick-boxing et foot-tennis dans le sable, surf et paddle sur l’océan ou encore jogging et vélo le long du fameux trottoir noir et blanc.

Quelques jours plus tard, après une visite au Christ rédempteur et au Pain de Sucre, c’est l’immensité du Maracanã qui épate ces jeunes espoirs du football. La plupart n’ont jamais mis les pieds dans un stade aussi grand, encore moins pour un match de l’équipe de France.

« Pelé, Garrincha, Ronaldo, Neymar… Les meilleurs joueurs du monde ont joué sur cette pelouse ! », s’émeut Jean-Lionel, encyclopédie vivante du football du haut de ses 13 ans. Le score du match contre l’Equateur restera vierge ; pas les cordes vocales des jeunes ni leurs visages, largement tri-colorés.

Rencontre avec des jeunes d’une favela

Mais ce qui a le plus marqué les 15 chanceux, sélectionnés parmi les 72 élèves de l’Académie Bernard Diomède, c’est la rencontre avec les jeunes de « Gol de letra », au cœur de l’immense favela de Caju. A peine descendu du bus, Hoïé, bientôt 18 ans, écarquille les yeux devant les maisonnettes de brique agrippées aux collines, le sol jonché de détritus et les gamins dépenaillés. Caju est l’une des zones au plus bas IDH (Indice de Développement Humain) de la mégapole.

C’est là, entre un terrain vague et un entrepôt portuaire, que le Brésilien Raí, lui aussi ancien champion du ballon rond, a installé « Gol de letra », sa fondation d’éducation par le sport. Les murs verts abritent des salles de cours, un gymnase et la seule bibliothèque du quartier. « 500 personnes de 7 à 30 ans bénéficient d’aide aux devoirs ou de formation professionnelle, expose Beatriz Pantaleão, la directrice de l’endroit. La seule condition est d’habiter Caju et d’être assidu(e). »

« C’est une bonne chose pour les enfants de venir à la fondation après l’école ? », demande Hoïé à Gustavo, l’un des animateurs de l’ONG, devant un mur couvert de graffes. « C’est vraiment bien, sinon ils traîneraient dans la rue », lui répond-il. Personne n’en parle ouvertement, loi du silence oblige, mais pour les jeunes désoeuvrés le risque est d’être embarqué par le narcotrafic, omniprésent dans la région.

« Nous on a tout et on se plaint. Eux ils s’amusent avec un cerf-volant… »

Kylian, lui, observe les cerfs-volants qui virevoltent au-dessus des manguiers. « Qu’est-ce que tu as comme équipements chez toi : la télé, un ordinateur ? », demande-t-il à Gabriel, l’un des tireurs de ficelle. « Non, rien de tout ça, mais j’adore jouer avec mon chien », répond le garçon, tout juste vêtu d’un short rapiécé. « Nous on a tout et on se plaint. Eux ils s’amusent avec un cerf-volant… », philosophe le jeune français, songeur.

A l’heure du repas, en anglais, en portu-gnol ou avec les mains, les jeunes des deux pays échangent sur leurs joueurs préférés, leurs pronostics pour la Coupe du monde ou encore les films d’Harry Potter. D’ici peu ils s’affronteront sur le terrain dans une langue qu’ils parlent tous couramment, celle du ballon rond.

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Eléna Tagnier

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