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Accompagner les coopératives d’habitants: «une démarche d’éducation populaire»

Une loi vient de consacrer le statut de coopérative d’habitants. Une manière sociale, démocratique et écologique d’envisager le logement. Audrey Golluccio, 31 ans, aide au montage de ces projets. Un rôle d’accompagnateur qui tend à se développer fortement, au vu de la demande croissante.

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Une coopérative d’habitants ? Qu’est-ce donc que cet étrange objet ? « Plusieurs ménages s’associent au sein d’une société coopérative, dont ils achètent une ou plusieurs parts, pour gérer démocratiquement un ensemble d’habitations.  C’est la société, et non les particuliers, qui détient les logements et investit. Individuellement, les habitants sont locataires et payent un loyer », explique Audrey qui aide au montage de ces projets au sein de l’association lyonnaise Habicoop.

« Habicoop a été fondée en 2005 pour promouvoir l’habitat coopératif, et cela avant même que cela ne soit reconnu », précise-t-elle.  En effet, le statut de coopérative d’habitants a été créé (ou plus exactement rétabli, puisqu’il existait jusqu’en 1971) par le vote de la loi Alur (loi pour l’accès au logement et un urbanisme rénové) promulguée fin mars 2014.

Au fait, c’est quoi une coopérative ? On vous explique par ici.

Contre la spéculation immobilière

Les intérêts de ce système sont multiples : outre l’aspect démocratique des coopératives d’habitants, celles-ci ont vocation à lutter contre la hausse des loyers causée par la spéculation immobilière et donc de favoriser la mixité sociale « Pour pouvoir habiter dans la coopérative il suffit d’acquérir au moins une part, dont le prix unitaire est souvent assez bas.  Les moins aisés peuvent donc avoir accès à ces logements puisque c’est bien la coopérative et non les résidents qui portent les investissements », explique la jeune femme.

Conçus par les habitants – soit dans le cadre d’une rénovation, soit construits- les logements correspondent à leurs besoins et intègrent généralement une dimension écologique.

Une démarche « d’éducation populaire »

Titulaire d’un master II en économie sociale et solidaire, Audrey, est arrivée chez Habicoop il y a trois ans. D’abord par le biais d’un stage, puis d’un contrat de professionnalisation (master aménagement du territoire et urbanisme) avant d’être embauchée en CDI. Si le modèle de la coopérative d’habitants est séduisant, difficile de nier qu’il demande un véritable investissement en temps, et des compétences que tout le monde n’a pas.

C’est là qu’intervient Audrey. Elle accompagne ainsi les groupes qui souhaitent monter leur coopérative : « Je suis là du début du projet, jusqu’à un an après l’emménagement.»  La jeune femme aide notamment  à faire sortir les logements de terre : « Tout le monde ne s’y connaît pas en BTP, ne sait pas quels sont les matériaux à utiliser. Tout le monde ne sait pas comment traiter avec un architecte ». Audrey insiste néanmoins sur un point : jamais elle ne décide pour le groupe. « Mon rôle est de leur expliquer leurs options. Je suis dans un rôle d’éducation populaire », dit-elle.

L’accompagnatrice a également un rôle en ce qui concerne le montage financer des projets, notamment les partenariats avec les collectivités territoriales, les bailleurs sociaux. « Les collectivités sont très enthousiastes en ce qui concerne l’habitat coopératif. Ce modèle leur garantit qu’il n’y aura pas de spéculation immobilière », affirme-t-elle. D’autre part, elle apprend également aux habitants à prendre des décisions ensemble, dans le cadre d’un fonctionnement démocratique. Comme dans toutes les coopératives, la règle est claire : une personne égal une voix.

Habicoop a monté le tout premier projet de coopérative d’habitants, le Village Vertical (à Villeurbanne, près de Lyon). Cela a pris 8 ans – une durée relativement longue car il s’agissait d’une première. La durée du montage de projets aujourd’hui est plutôt évaluée à 5 ans – et les résidents ont investi les logements en juin. En France, il existe aujourd’hui trois projets achevés.

Visite du Village vertical, voir le reportage de France 3

Un véritable engouement

« Tous les deux jours, un groupe nous appelle pour monter sa coopérative d’habitation, nous ne pouvons plus faire face à la demande », explique la jeune femme. A peine voté, ce statut a crée un véritable engouement. Chez Habicoop, elles ne sont que deux salariées pour suivre 10 projets. Un recrutement est néanmoins envisagé pour l’automne prochain. L’association travaille également à la mise en place d’une formation pour professionnaliser d’autres accompagnateurs de projets dans toute la France, et permettre le développement de cette activité.

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