Agir au quotidien

Mon épicerie, elle n’est pas comme les autres !

Publié le 21 mars 2014

Aider ceux qui en ont besoin, favoriser le lien social ou les modes alternatifs de consommation ? Ce sont les objectifs que poursuivent des épiceries du secteur de l'économie sociale et solidaire. Changeant notre regard sur notre panier à provisions.

Plutôt que de pousser chaque samedi son caddie de supermarché, entouré d’anonymes, plusieurs épiceries proposent aujourd’hui sur tout le territoire de consommer autrement. Les raisons sont multiples : valoriser le local, renforcer le lien social ou encore aider les étudiants disposant de revenus limités. Portrait de trois initiatives.

Valoriser la production locale

« Acheter un chou qui vient d’une exploitation à 50 km, qui a plus de goût, ça a beaucoup plus de sens pour moi que de récupérer un légume qui a fait 2.000 km, dont j’ignore la provenance. » Nidal, 30 ans, travaille à l’épicerie Adele ouverte à Marseille en septembre 2013. L’objet de l’association ? Vendre uniquement des produits locaux. « Nous raccourcissons la chaîne qui va du produit au consommateur, car nous nous fournissons directement auprès des producteurs, notamment dans le cadre du marché d’intérêt national. Cela permet de mieux les rémunérer ! ».

Pour le jeune homme, le système actuel « tue la paysannerie » en imposant aux producteurs des prix toujours plus bas, une spécialisation par pays des filières agricoles pour plus de rentabilité, et cela au détriment de la qualité. Après une période d’activité syndicale avec des ouvriers agricoles au Maroc, Nidal se sent bien au sein de l’épicerie Adele, dans laquelle il travaille depuis un mois et demi. « Je rencontre des paysans, c’est sympa et ça fait faire de l’exercice ! C’est cool aussi de discuter avec les clients, ils ont toujours le sourire ».

Lutter contre la précarité alimentaire

L’Agoraé de l’Université catholique de Lille, ouverte fin 2012, est quant à elle une épicerie associative solidaire qui permet aux étudiants dans le besoin de se fournir en denrées alimentaires pour des prix inférieurs de 80% environ au prix du marché. Créée à l’initiative de la Fage (Fédération des associations générales étudiantes) et de la Fédé (Fédération des étudiants de l’Université catholique de Lille), elle emploie deux personnes en service civique et des bénévoles. « Nous nous fournissons grâce à l’aide de trois partenaires », explique Victor, 23 ans, vice-président de l’épicerie, « la Banque alimentaire, l’Andes (le réseau des épiceries solidaires) et la Pacte 62, une épicerie solidaire près de chez nous. Des collectes sont également organisées parmi les étudiants. »

Pour devenir bénéficiaire de l’Agoraé, l’étudiant remplit un dossier permettant d’attester de ses faibles ressources. « A ce jour, nous comptons une quinzaine de bénéficiaires, mais nous estimons qu’une cinquantaine pourraient encore faire la demande. Quelques uns ne savent pas que nous existons, et je pense également qu’il y a un phénomène d’autocensure », indique Victor. En plus de l’épicerie, l’Agoraé organise également des activités (cours de cuisine, de sophrologie, cross, prévention…) et, par le biais d’un partenariat avec la Fage et l’ANCV (Association nationale pour les chèques-vacances), permet à des étudiants de partir en vacances.

Fédérer les énergies pour redynamiser l’espace rural

Enfin, Mathieu, 35 ans, est l’un des trois fondateurs du Champ commun une structure qui vise à redynamiser l’espace rural, notamment via la mise en place d’une épicerie, le Garde-Manger. « Nous nous trouvons dans le village d’Augan (Morbihan), qui compte 1.400 personnes. L’idée était de maintenir un commerce de proximité », explique-t-il.  La grande originalité du Champ commun c’est qu’il s’agit d’une Scic (Société coopérative d’intérêt collectif), c’est-à-dire, une coopérative qui permet d’associer autour du même projet des acteurs multiples : salariés, bénévoles, usagers, associations, particuliers… Elle rassemble à ce jour 110 associés, dont une forte proportion de villageois !

« Le Champ commun est fondé sur trois piliers : premièrement, rassembler les énergies en présence, deuxièmement, favoriser l’économie locale, et enfin, renforcer le lien social et intergénérationnel, à l’inverse des grandes surfaces ! », indique Mathieu. Au Garde-Manger, qui compte 6 salariés, les villageois peuvent trouver tous les produits courants, de préférence issus de la production locale. « Notre modèle est intéressant, car les habitants  sont vraiment impliqués. Ils ont mis de leurs fonds propres, le risque est partagé, et le Garde-Manger est leur épicerie. C’est la preuve qu’il est possible de faire aller les gens vers un objectif commun ! » Outre l’épicerie, le Champ commun compte également un bar-café-concert, une brasserie. Un projet d’auberge et d’ouverture d’un lieu de restauration est en cours de finalisation.

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Rédigé par

Anaëlle Guisset

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