Agir au quotidien

Beauté solidaire: image contre discrimination

Publié le 27 janvier 2014

Et si l’image renvoyée lors d’un entretien d’embauche était la première source de discrimination ? Et si une meilleure perception de soi permettait de reprendre confiance? Plusieurs associations travaillent la question de l’habillement et du soin du corps, traitant en sous-titre celle de l’intégration dans la société.

« On étudiait près du quartier de La Défense à Paris, on voyait passer des mecs en costard tous les jours. Nous, on avait acheté notre premier costume pour entrer dans cette école de commerce. Deux ans plus tard, on ne l’avait jamais remis et il ne nous allait plus. » Avec deux amis, Nicolas Gradziel s’est demandé comment les étudiants plus précaires que lui pouvaient s’en sortir alors qu’un costard représente un loyer ?

Choisir une tenue qui nous (re)présente

Ensemble, ils ont créé La Cravate Solidaire qui collecte et distribue des tenues pour favoriser l’insertion professionnelle. « Le but, ce n’est pas de déguiser les gens mais plutôt qu’ils s’approprient une tenue pour qu’elle devienne le partenaire de leurs recherches d’emploi. On s’adapte aux situations, si quelqu’un veut devenir animateur, on va plus l’orienter vers une chemise un peu colorée que vers un costard. »

Sam, 18 ans, a opté pour un costume noir et une chemise violette. « La Mission locale m’a envoyé ici pour préparer un forum de l’emploi. C’est sûr, le costard fait plus sérieux devant les patrons. On se sent plus grand. D’ailleurs, l’un d’eux m’a dit que si j’étais venu avec ma tenue de tous les jours, il ne m’aurait pas reçu. » Sam a décroché un stage. Son costume est toujours dans l’armoire, prêt à se présenter à un deuxième rendez-vous. Pour un premier job, cette fois.

habit

La mode, une question de codes

 « Il vaut toujours mieux être trop habillé que pas assez », résume le sociologue Frédéric Godart, auteur de Sociologie de la mode. C’est une manière de montrer qu’on comprend les codes. La cravate est interprétée comme un signe de respect en Occident. Elle a été imposée au début du XIXe siècle par Beau Brummell, un dandy anglais. Ce bourgeois voulait se distinguer de l’aristocratie et transmettre des valeurs de sobriété, de travail. »

Après une heure d’essayage, La Cravate Solidaire propose un entretien d’embauche pour travailler sa posture, réfléchir aux questions du type « citez 3 qualités et 3 défauts ». Mademoiselle Oz, coach mode, a aussi rejoint l’équipe qui voudrait tendre vers une approche plus globale de l’image de soi: coupe de cheveux, maquillage… Le but, c’est de redonner confiance. Ce sentiment communicatif peut faire toute la différence, transformer un refus en « oui ».

Prendre soin de soi, une option ?

Sophie Kardous, éducatrice pour la santé, travaille également dans ce sens. Avec sa collègue, Karima Ourabah, elle a monté le salon de beauté solidaire Hygia dans les quartiers nord de Marseille. « C’est un outil pour entrer en contact avec les femmes. Certaines nous disent : ‘Quand je vais en centre-ville, j’ai la rage de voir d’autres femmes sortir d’un salon de coiffure’. Au salon, le soin coûte en moyenne 10 euros. Nos adhérentes culpabilisent au début mais elles se rendent aussi compte que ça leur fait du bien. On organise en parallèle des ateliers de jardinage, des campagnes de santé… Avec les femmes plus jeunes, on se concentre sur la prévention, le respect du corps, les questions de sexualité. »

hygia

Le salon a dû fermer ses portes depuis le mois de novembre, faute de financements suffisants. L’équipe le rouvre ponctuellement et bénévolement, en espérant trouver une issue de secours. « En 2013, 763 personnes sont passées ici. Comment penser que la socio-esthétique ne répond pas à de véritables besoins ? »

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Rédigé par

Apolline Guichet

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