Projets inspirants, créateurs inspirés

Anaël : « L’associatif m’a donné un statut »

Publié le 12 septembre 2013

Après plusieurs années sans structure, Anaël a créé Wazacrew, une association dans le secteur musical. Accompagnement d'artistes, concerts mais aussi ateliers pédagogiques pour débutants : celui qui a quitté le collège en 5ème a trouvé sa place en aidant les autres à percer.

Comment es-tu arrivé dans l’associatif ?

Il y a 10 ans, on a créé le Wazacrew avec une bande de vieux potes du collège, à Carpentras. On n’était pas du tout décidés à faire une association un jour, on était un peu une bande de rigolos. Tout s’est vraiment concrétisé en 2009. Je suis arrivé à Grenoble après avoir rencontré l’association Hadra, une grosse association grenobloise dans la musique qui organise aujourd’hui un festival à Lans-en-Vercors avec 12.000 personnes par an. Et j’ai tout plaqué pour venir dans ce milieu et m’investir à fond.

Dans ma tête, une association c’était très vague. Je ne savais pas du tout que ça pouvait exister dans ce secteur ! Pour moi le spectacle, la musique, la scène, c’était égal à production et élite. Pour moi la scène, c’était David Guetta. Il n’y avait pas moyen de passer à travers ce schéma, ce n’était pas possible.

Quand tu ne connais pas, que tu n’es pas dans le milieu, tu es complètement à la rue sur ce qui peut se faire. Je me suis rendu compte qu’en fait, n’importe qui, s’il a un projet, peut le développer. Avant je pensais qu’il fallait sortir d’une école, avoir fait bac +je-sais-pas-quoi. Moi je ne suis même pas arrivé au Brevet des collèges, alors imagine ! Je n’étais pas très confiant là-dedans. En 2009, j’ai fait la démarche de créer l’association. On était quatre, puis au fur et à mesure on a monté un conseil d’administration.

C’est un peu comme une validation d’acquis : au bout de dix ans d’associatif dans le spectacle, tu es considéré comme un professionnel par le milieu.

Qu’est-ce que ça a changé pour toi ?

En entrant dans ce système associatif, je suis sorti d’un système complètement flou avec aucun statut légal, rien. D’un coup, ça clarifiait nos pratiques, ça leur donnait un tracé, un suivi que je peux mettre sur mon CV, quelque chose de concret, de légal, de valorisable. C’est un peu comme une validation d’acquis : au bout de dix ans d’associatif dans le spectacle, tu es considéré comme un professionnel par le milieu. Les opens-mic [scène ouverte, ndlr] de collectifs dans des squats, tu ne peux pas les valoriser, contrairement à des ateliers dans des centres de loisirs, avec des contrats.

Grâce à l’associatif, j’ai appris beaucoup de choses différentes, car je suis passé par un peu tous les rôles. J’ai appris la coordination et la gestion des évènements, la gestion d’équipes, l’accueil du public, la sécurité, etc. J’ai pris beaucoup de recul sur la pédagogie de groupes, notamment grâce à des ateliers avec des enfants, ou des rencontres. L’associatif m’a donc apporté sur le relationnel.

Et puis ça m’a aussi apporté un réseau : dans mon milieu, ce n’est pas au Pôle Emploi que tu vas trouver un boulot. Du coup, aujourd’hui, je travaille pour plusieurs festivals ou associations, comme intermittent.

Et le regard des autres ?

En tant qu’association, on nous considère. Quand on va dans une banque, on est considérés comme une organisation, on peut ouvrir un compte. On n’est pas considérés comme les jeunes qui trainent en bas des immeubles : même s’ils font des choses bien, personne ne sait ce qu’ils font. L’associatif, c’est un moyen super pour donner un statut.

C’est magique aussi. Quand on est arrivés dans un centre de loisirs, on s’est présentés comme une association de culture urbaine. Du coup, on nous a ouvert les portes. Si tu arrives, que tu es un groupe de jeunes et que tu dis, « ouais, on a plein de trucs choukar [trop bien, ndlr] », ça ne marche pas, ils t’envoient à la MJC ! En tant qu’association, on a pu faire des ateliers. C’est nous qui avons préparé le programme, qui avons tout géré. Et on a appris beaucoup de choses en le faisant nous-même.

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Rédigé par

Oriane Raffin

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